Ce n'est pas tant l'aspect politico-économique qui m'intéresse, mais l'aspect humain. Que c'est drôle d'être au milieu de tous ces gens, ceux qui attendent des voyageurs retardés, et ceux qui rentrent après avoir parfois attendus plusieurs jours.

J'arrive à l'aéroport vers 23h20. J'étais en retard, mais bon, il y avait un monde pas possible... j'ai mis 20 minutes à rentrer dans le parking surtaxé de Brussels Airport. Autant de taxis que d'usagers d'ailleurs... un peu pressé qu'on m'attende, je rentre vite dans le hall et regarde le tableau d'affichage. Premier constat, le numéro de vol qu'on m'a communiqué n'est pas affiché... youpie ! Bon, en regardant un peu mieux, je me rends compte que le vol est bien affiché, mais sous un code différent. Soit, ils arrivent dans 20 minutes... au moins je ne suis pas en retard, et je m'apprête à m'emmerder !

L'avion atterrit à l'heure, et en c'est en faisant les 100 pas dans le hall dégustant mon Coca hors de prix que j'espère les voir franchir le portail de sécurité. Seulement voilà, j'avais omis les bagages ! Et ouais, c'est logique après tout... Je retourne fumer une cigarette, m'assied, fais encore quelques pas, et reçoit un SMS. Ils ont atterri. Ca je le savais. Et ils attendent leurs bagages. Ca je le savais aussi.

Ce qu'on ne m'avait pas dit, mais que j'ai bien vite constaté, c'est que l'état de livraison de bagages est indiqué. Malgré tout après plusieurs minutes d'attente, ils n'ont toujours pas droit à la petite animation verte, jaune ou rouge signalant que les bagages sont délivrés, en retard, ou tous sur le tapis.

Et c'est là que ça commence à être intéressant. Le premier phénomène humain, commun cela dit, que j'observe c'est un homme, criant quelques propos probablement racistes envers nos compatriotes néerlandophones. Bizarrement il s'exprime en allemand... j'ai pas bien saisi le rapport d'ailleurs. Crier "merde" en allemand dans un aéroport rempli de francophones et de néerlandophones c'est pas courant. On l'excusera, il était saoul. C'est vrai que j'ai jamais fait ça, faudra un de ces quatre que j'aille me bourrer la gueule à coup de Leffe Blonde en canette à 5€, ça doit être tellement fun ! Je le recroiserai quelques fois encore, j'imagine qu'il attendait quelque chose, peut-être même quelqu'un. Son compagnon de beuverie n'était pas très nette non plus, mais moins locace.

Aaah, les bagages sont verts, cool, j'ai bon espoir. Je vais m'asseoir à côté d'une femme qui devait avoir mal au dos à force de se tenir droit sur les bancs pas-prévus-pour être confortables. Entre nous, il n'y a pas d'endroit pour faire bonne impression. Le contraste avec la population actuelle ne lui aurait pas fait de tort entre nous, mais bon... chacun son truc. Les rencontres d'infortunes peuvent arriver n'importe où !

J'échange quelques SMS sans intérêts avec les tant-attendus, jusqu'à recevoir "Ils ont merdé avec les bagages". Ca collait pas avec le contexte vu que le petit indicateur était passé au rouge. Ils auraient déjà du être là, eux, et avec leurs bagages. Mais non, je les imaginais tirant une drôle de tête devant le tapis roulant vide, pas loin du même indicateur que j'avais sous les yeux. C'est pas ça, mais après avoir patienté 5 jours pour avoir un vol, ça aurait été trop beau que leurs bagages n'aient pas pris un peu de retard aussi !

Les joies des retrouvailles auxquelles j'assiste pour les quelques heureux élus ayant eux leurs bagages, certains portant même la mension "VIP" sur étiquette orange fluo, m'interpellent. Je sais pas ce que ça signifie d'avoir des bagages VIP. Sans doute qu'on se sent flatté d'avoir payé une fortune plus cher pour avoir ses bagages à temps. C'est quand même formidable, quand on est VIP on a droit aux bagages, sinon pas !

C'est là que j'ai la larme à l'oeil. Une dame au look de l'esthéticienne de 40 ans, bien plus bronzée que nos amis de retour de 15 jours de vacances au Maroc, s'enthousiasme les yeux pétillants. Elle regarde derrière moi, "Bébé à sa maman" s'écrie-t-elle plusieurs fois. Je ne peux que me demander ce qui a provoqué cette séparation avec, probablement, sa fille revenant enfin de vacances prolongées. Est-ce qu'on manque à ce point à sa mère, particulièrement quand elle est esthéticienne ? Probablement pas. Je me retourne, et je constate avec, comment dire... stupeur ? Que la personne qu'elle ne pouvait plus attendre de revoir était en fait... un chien. Vous voyez l'espèce de chien minuscule qui est moche et qui sert à rien. Qui gigote à tel point dans tous les sens qu'on pourrait croire que se sont ses puces qui le font se mouvoir. Sauf qu'un chien comme ça, ça doit pas avoir de puces, sinon c'est pas classe. Généralement ça a un petit pull (moche lui aussi) et une laisse assortie de brillants.

Le phénomène était intéressant, parce que malgré tout, elle avait un côté humain cette dame. Bah oui, se rendant bien compte qu'elle snobait les accompagnateurs du chien, elle regardait une fois le chien, une fois les gens, une fois le chien, une fois les gens. Mais elle n'a pas pu garder ses mots pour quelqu'un, ou plutôt quelque chose, d'autre que le chien. Quand ils arrivèrent à elle, elle du admettre que ça aurait été déplacé d'embrasser le chien d'abord. Elle prit son courage à deux mains et reporta les retrouvailles avec l'animal frétillant de quelques secondes après avoir embrassé ces enquiquineurs ! Qu'est-ce qu'elle était contente quand même. Vivement que les chihuahas tout-moches sachent conduire, on s'emmerdera plus à devoir être aimable avec les humains...

Aucun bagage en vue, ça doit faire une heure que j'attends. Je m'endors. Heureusement des arrivants affluent. J'aime beaucoup ceux qui retrouvent leur famille, c'est toujours agréable non ? Et la première phrase qu'ils disent c'est : "Quel bordel avec ces bagages !! Ca fait une heure qu'on attend, et il y en a qui attendent encore !! Pfff...". Moi généralement, je prends ça avec le sourire et surtout je pense à dire bonjour. Peut-être qu'ils ont gardé ça pour une meilleure occasion, j'aurais du le leur demander.

Et puis, il y a les malheureux mécontents. Voire même fâchés... Bah oui, c'est en observant un homme s'exprimant dans une langue qui doit venir de quelques milliers de kilomètres d'ici que je comprends qu'il n'a pas son lift. Sans vouloir faire un amalgame, on sait tous que les blacks aiment prendre leur temps. Et bien, ça devait être le cas de son ami(e) qui devait venir le chercher. Et pour une fois, c'était à lui de pester. Ca lui apprendra tiens ! Quand on est derrière un black qui cherche une place de parking, autant dire qu'on devrait rentrer se garer chez soi et retourner à pied, on arriverait même à temps pour le voir se mettre en double-file, laissant les 18 membres de sa famille dans la voiture pendant qu'il va signer un contrat de 52 pages qu'il prendra le temps de lire, entièrement, deux fois, sans oublier les négociations, le drink, le cigare et le rapport détaillé de sa progéniture aux prénoms imprononçables. Donc, je le vois faire mine d'avancer, puis s'arrêter pour gueuler un peu dans son téléphone, refaire miner de se barrer, comme si l'autre au bout du fil allait comprendre son "Body Language"... mais non, on voit déjà pas le visage sur le téléphone, alors toi entier non plus mec !

C'est après avoir vidé un demi paquet de clopes que je reçois des news des bagages... oui je fume beaucoup quand je sais pas quoi faire, et on va dire qu'un aéroport c'est pas l'endroit le plus "Disney Land" du monde. Il y avait bien les petites voitures multicolores dans lesquelles mes pieds ne seraient même pas rentrés, mais je me suis abstenu. Faut savoir se tenir quand même comme me l'enseigna ma voisine de banc un peu plus tôt.

Au total, il n'aura fallu que 1h30 pour que les bagages repassent au vert et puis à nouveau au rouge. On se demande à quoi sert l'orange d'ailleurs... à méditer !